Polnische Vorstellungen über die Westgrenze 1919

Note der von Roman Dmowski angeführten Delegation auf der Friedenskonferenz in Paris vom 3. März 1919

Modul
Zweite Polnische Republik
Sprache
Französisch

La reconstitution de l'Etat polonais doit être envisagée comme:
1. — Un acte de justice et une réparation du crime des partages (1772-1793-1795).
2.— La résultante du développement des forces nationales polonaises malgré tous les efforts destructeurs des Puissances copartageantes et une conséquence de l'effondrement récent de l'Autriche-Hongrie, de la désa­grégation de l'Empire russe et de la défaite de l'Allemagne.
3. — Une nécessité d'établir entre l'Allemagne et la Russie, un Etat fort et réellement indépendant.
Il ressort de la première considération que le territoire de la Pologne d'avant le premier partage (1772) doit servir de point de départ pour la définition des frontières de l'Etat polonais reconstitué.
La deuxième considération impose certaines modifications des an­ciennes frontières soit en incorporant dans l'Etat polonais les provinces situées en dehors des frontières de 1772 où la nationalité polonaise a affirmé sa vitalité, soit en laissant en dehors de l'Etat polonais celles des parties du territoire de 1772 où les forces nationales polonaises ont subi une diminution sensible après les partages.
La troisième considération exige certaines rectifications des anciennes frontières, les adaptant aux besoins de la vie économique de l'Etat moderne et à ceux de sa sécurité.
Les provinces occidentales de la Pologne, annexées au cours des par­tages par l'Autriche et l'Allemagne sont les suivantes : 1. la Galicie, 2. la Posnanie, 3. la Prusse Occidentale à l'exception des districts Sztum (Stuhm), Susz (Rosenberg) et la moitié orientale de Kwidzyna (Marienwerder), 4. une partie de la Prusse Orientale, la Warmie (Ermeland).
La Galicie est une ancienne province de l'Etat polonais auquel elle a appartenu dès ses débuts jusqu'en 1772 à l'exception de la période allant de 1091 à 1340 pour la partie orientale de cette province.
Sur une superficie de 78.490 km², la Galicie possède une population de 8.025.675 habitants (1910) dont d'après la statistique officielle autri­chienne 3.200.000 parlent la langue ruthène et 4.700.000 le polonais. La population de langue ruthène habite la partie orientale du pays où elle représente 58,6% de l'ensemble des habitants. Parmi cette population deux mouvements nationaux, dirigés contre la domination polonaise, se sont fait jour au cours du dernier demi-siècle: l'un dû à la propagande russe essayait de remplacer la langue ruthène par la russe, l'autre patronné par le Gouvernement de Vienne et plus tard par celui de Berlin, tendait vers la création d'une nationalité ruthène puis ukrainienne. Dans la dernière vingtaine d'années l'ukrainisme prit le dessus suivant l'accroissement de l'influence allemande dans l'Europe centrale et orientale.
Le mouvement ukrainien étant une arme employée par les Allemands contre la Pologne, a pris un caractère essentiellement négatif. Contrai­rement aux autres mouvements de renaissance nationale, il a produit fort peu dans le domaine intellectuel et dans l'organisation économique du peuple, son énergie se manifestant presque exclusivement dans la lutte politique.
Il faut souligner que 91% de la population ruthène sont des petits cultivateurs ou des ouvriers agricoles. Cela montre pourquoi, même sous la domination de l'Autriche, l'administration de toute la Galicie était exercée par des Polonais: il n'y avait aucun autre élément dans le pays capable de le gouverner.
Cette situation de l'élément ruthène en Galicie n'autorise nullement les prétentions des chefs du mouvement ukrainien à détacher la Galicie orientale de l'Etat polonais. Néanmoins les droits de la nationalité ruthène sont incontestables et il n'y a aucun doute qu'ils seront pleinement respec­tés en Pologne. Il y a toute raison d'espérer que la conciliation entre Polonais et Ruthènes ne manquera pas d'être réalisée du moment où l'in­fluence austro-allemande hostile à la Pologne cessera d'agir.
Parmi les provinces de la Pologne, la Galicie a une importance toute spéciale en raison de ses ressources naturelles. Elle possède de riches gisements de houille et de sel à l'Ouest et du pétrole et du potasse (kainit) à l'Est. C'est à l'extrémité Sud-Est de la Galicie que la Pologne a une frontière commune avec la Roumanie, avec laquelle la Nation polonaise est liée par une amitié traditionnelle et par une communauté d'intérêts. Une entente étroite et une coopération harmonieuse s'imposent à ces pays dans la situation difficile et responsable où ils se trouvent tous les deux.
A partir de l'extrémité méridionale de la Galicie et de la Pologne en même temps, la frontière polonaise suit vers le Nord-Ouest la ligne des Carpathes qui, avec la côte baltique, représentent la meilleure frontière naturelle de la Pologne. Cette frontière correspond à celle de 1772; ce n'est que plus à l'Ouest qu'elle demande une rectification dictée par des raisons aussi bien géographiques qu'étnographiques.
Les enclaves de l'ancien Etat hongrois dans le territoire naturel de la Pologne, les parties des districts (comitats) de Spisz (Zips), d'Orawa (Arva) et de Trenczyn (environs de Czacza), ce dernier formant un saillant entre la Galicie et la Silésie de Cieszyn, enclaves habitées par une popu­lation polonaise, sont revendiquées par la Pologne.
A l'Ouest de la Galicie, le territoire revendiqué par la Pologne s'étend sur le duché de Teschen (Cieszyn), partie de la Silésie autrichienne.
Teschen compte sur une superficie de 2.282 km² 435.000 habitants (1910) dont 54,8% de Polonais, 27,1 % de Tchèques et 18 % d'Allemands. La population tchèque est concentrée dans le district de Frydek (78 %) situé au Sud-Ouest du pays, tandis que les Polonais occupent les districts de Teschen (77 %), de Frysztat (64 %) et de Bielsko (78 %). Les Allemands sont dispersés dans les villes et dans les centres industriels du pays.
Parmi les territoires polonais qui n'ont pas appartenu à la Pologne au moment du partage, Teschen fut le premier où la renaissance nationale a commencé. Déjà, en 1848, au congrès slave, le représentant de Teschen manifesta sa nationalité polonaise, et le premier journal fondé en ce pays fut un journal polonais (1848). A partir de cette date les Polonais de Teschen ont resserré de plus en plus les liens qui les unissaient aux autres terres polonaises.
La Pologne revendique toute la partie polonaise du duché; elle recon­naît les droits des Tchèques au district de Frydek. Comme la statistique officielle autrichienne est bien loin d'être exacte, ce qui est facile à établir en comparant les résultats des recensements de 1900 et de 1910(1), ce n'est qu'une commission opérant sur place qui est en mesure de tracer la ligne exacte de délimitation.
En général, la frontière polonaise revendiquée par la Pologne en ter­ritoire de Teschen, passe de l'ancienne frontière hongroise (Łomna Górna) en longeant la limite du district de Frydek jusqu'à Gruszów où elle pénètre sur le territoire de la Silésie prussienne.
La Haute-Silésie est le plus important des territoires qui n'avaient pas fait partie de l'Etat polonais en 1772, et que la Pologne revendique actuellement.
La Silésie a appartenu à la Pologne dès ses origines, jusqu'au XIVe siècle, époque à laquelle ses princes de la maison polonaise de Piast ont reconnu la suzeraineté des rois de Bohême et plus tard celle de l'Empire germanique. A partir du XIVe siècle, elle a subi un procès de germanisation graduelle, à laquelle ont résisté seulement le duché de Teschen, la Haute Silésie (Régence d'Oppeln) et quelques districts de la Silésie moyenne (Régence de Breslau).
Le procès de la germanisation de la Silésie basse et moyenne a été achevé sous le régime prussien, après l'annexion de ce pays par Frédéric II.
La partie de la Silésie prussienne revendiquée par la Pologne com­prend la régence d'Oppeln à l'exception des districts de Neisse, do Grottkau, d'une partie de ceux de Falkenberg et de Neustadt, puis les districts de Namysłow (Namslau) et Sycow (Gross Wartenberg) et une partie de celui de Militsch de la régence de Breslau. Ce territoire repré­sente une superficie de 12.000 km² et 2.100.000 habitants (1910), dont 67 % de Polonais d'après la statistique officielle prussienne. En réalité le pourcentage des Polonais est beaucoup plus grand; dans la partie centrale et orientale de ce territoire il excède 90 %.
La renaissance nationale de cette province oubliée a commencé dans la dernière cinquantaine d'années. Vers le commencement du siècle présent, la Haute Silésie a commencé à envoyer au Reichstag des députés qui avec ceux de la Posnanie et de la Prusse occidentale faisaient partie du groupe parlementaire polonais et luttaient contre la politique antipolonaise du Gouvernement,
En dehors des raisons d'ordre national le territoire silésien est reven­diqué à cause de sa situation géographique. Il s'enfonce, en effet, profon­dément dans les terres polonaises entre les provinces de Posnanie, du Royaume de Pologne, de la Galicie et du duché de Teschen. Il forme éga­lement un trait d'union entre la Pologne et République tchéco-slovaque.
Au point de vue économique, la Haute-Silésie a une importance capitale. Sa région minière avoisinant le Royaume de Pologne et la Galicie représente sur la production totale de l'Allemagne 23 % pour la houille, 49 % pour le plomb et 67 % pour le zinc.
La ligne de frontière séparant cette partie polonaise de la Silésie du territoire tchéco-slovaque et allemand, commence près de Gruszów sur la limite de Teschen, passe à l'Ouest de Ratibor, à l'Est de Leobschutz, où la rectification de la frontière tchéco-slovaque, ancienne frontière autrichienne, pourrait être envisagée. Plus au Nord-Ouest elle passe à l'Est de Neustadt, de Falkenberg, de Brieg, de Oels et de Militsch, où elle rencontre la limite de la Posnanie, c'est-à-dire la frontière historique de la Pologne.
La Posnanie a été annexée par la Prusse lors du premier (1772) et du deuxième (1793) partage de la Pologne. Puis elle a fait partie du duché de Varsovie (1807-1815) et au Congrès de Vienne, elle a été réincorporée à la Prusse.
Sur une superficie de 29.000 km², elle compte 2.100.000 habitants. La statistique officielle prussienne y dénombre 38 % d'Allemands. En réalité, le pourcentage des Allemands originaires de cette province ne dépasse pas 20 % du total de la population.
La Posnanie a été le berceau de l'Etat polonais, le pays de la plus ancienne civilisation polonaise et par conséquent le plus avancé dans sa vie sociale. La masse de sa population se trouve au niveau des pays occidentaux, elle montre aussi le plus d'énergie, la plus grande capacité d'organisation et le patriotisme polonais des plus ardents.
Pour toutes ces raisons cette province représente une valeur pri­mordiale pour l'Etat polonais reconstitué qui réclame ce pays tout entier.
Ici la frontière suit les limites historiques de la Pologne de 1772, à partir du point où finit la nouvelle frontière tracée en Silésie, jusqu'à celui où elle rejoint la Prusse Occidentale.
La Prusse Occidentale à l'exception des districts ci-dessous énumérés, a fait partie intégrale de l'Etat polonais depuis l'année 1466 jusqu'au premier partage de la Pologne (1772), date à laquelle elle a été annexée à la Prusse. Seule la ville de Dantzig a été gardée par l'Etat polonais jusqu'au deuxième partage (1793).
Sur une superficie de 25.550 km², la Prusse Occidentale compte 1.703.000 habitants, dont seulement 35 % seraient Polonais suivant la statistique officielle prussienne. Ce chiffre est fort au-dessous de la réalité.
Après l'incorporation de la Prusse Occidentale à l'Etat polonais qui entraînerait l'émigration des fonctionnaires et des militaires importés dans le pays, d'une part, et qui relèverait le moral de la population terrorisée et germanisée, les Polonais s'y trouveraient sans doute en grande majorité.
La population allemande de cette province est concentrée principa­lement à l'embouchure de la Vistule et également dans les districts du Sud-Ouest: Deutsch-Krone (Walcz), Schlochau (Czluchów). Ces deux derniers districts peuvent être en grande partie cédés à l'Allemagne. La Pologne demanderait en échange l'extrémité orientale de la Poméranie: les districts de Lauenburg, Butow et une partie du district de Stolp, dont elle perdit les deux premiers en 1657 et qui lui sont néces­saires pour des raisons géographiques. De la sorte, la frontière polo­naise entre la Pologne et l'Allemagne passerait depuis la Posnanie, à l'Est de la ville Deutsch-Krone, à l'Ouest des villes Flattau et Schlochau et enfin à l'Est de Stolp, continuant au delà jusqu'à la côte baltique.
La Prusse Occidentale forme un tout géographique avec la Prusse Orientale dont la plus grande partie avec le centre à Koenigsberg est entièrement germanisée. L'existence de ce territoire allemand séparé de l'Allemagne par le territoire national polonais de la Prusse Occidentale devient un problème d'une plus haute importance pour l'avenir de la Nation polonaise. De la solution de ce problème dépend le sort de la Pologne. Si la partie allemande de la Prusse Orientale restait une partie intégrale de l'Etat allemand, cela impliquerait la continuation de la domi­nation allemande sur le territoire national polonais de la Prusse Occidentale, y compris le port polonais de Dantzig. La Pologne séparée de la mer par les possessions allemandes serait à la merci de l'Allemagne dans ses relations avec les autres pays comme on le voit dans la situa­tion actuelle.
La seule condition de la vraie indépendance de la Pologne lui permettant de prendre des responsabilités sérieuses en Europe Orientale et de ne pas tomber sous l'influence allemande, consiste dans la désannexion de la Prusse Orientale de l'Allemagne et dans la restitution à la Pologne de la Prusse Occidentale (sauf les rectifications de frontières déjà mentionnées) et, dans la Prusse Orientale, delà Warmie qui a appartenu à la Pologne jusqu'au premier partage.
De plus, la Pologne revendique toute la zone méridionale de la Prusse Orientale qui n'a point fait partie intégrale de l'Etat polonais, mais qui est habitée par une population indiscutablement polonaise, dont le pourcentage s'élève jusqu'à 71 % (d'après la statistique scolaire officielle).
La population de cette partie du territoire polonais a été la der­nière à participer dans la vie de la Nation. Le réveil national ne s'y est manifesté qu'au cours des vingt dernières années.
La région Nord-Est de la province qui comprend l'embouchure du Niémen et qui est habitée par une population lithuanienne doit être incor­porée à la Lithuanie pour être unie avec elle à l'Etat polonais. Le reste de la Prusse Orientale, pays allemand avec la ville de Koenigsberg (superficie 19.000 km², population 1.070.000) peut avoir une existence indépendante comme une république placée sous la protection de la Ligue des Nations.
La frontière entre la Pologne et cette république devra passer depuis Frischhaf, à l'Est de Brunnsberg, en longeant l'ancienne frontière de la Pologne jusqu'aux environs de Sensburg, puis au delà, au Nord de Loetzen, au Sud et à l'Est de Goldap, à l'Est et au Nord de Gumbinnen, pour aboutir à la côte de Kurischhaf au Nord-Est de Labiau.
(Signé) : ROMAN DMOWSKI
(1) Dans six communes disputées du district de Frysztat, la différence entre les deux. recensements est la suivante :

1900 1910
Polaków Czechów Polaków Czechów
Dziećmorowice 2368 348 740 2616
Orłowa 3919 2233 2805 4799
Łazy 4660 921 3804 3829
Pietwald 3955 1226 1355 5303
Sucha Dolna 811 610 1295 837
Sucha Średnia 840 609 1666 1289
Quelle
Note sur les frontières occidentales de l'État Polonais, in: Akty i dokumenty dotyczące sprawy granic Polski na konferencji pokojowej w Paryżu 1918-1919, cz. 1 Program terytorjalny delegacji [Akten und Dokumente betreffend die Grenzfragen Polens auf der Friedenskonferenz in Paris 1918-1919, Teil 1 Territoriales Programm der Delegation], hrsg. v. Sekretariat jeneralny delegacji polskiej, Paryż 1920, S. 109-123. 
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Erstellt
04.07.2011 
Zuletzt geändert
09.10.2018 

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Note sur les frontières occidentales de l'État Polonais, in: Herder-Institut (Hrsg.): Dokumente und Materialien zur ostmitteleuropäischen Geschichte. Themenmodul "Zweite Polnische Republik", bearb. von Heidi Hein-Kircher. URL: https://www.herder-institut.de//digitale-angebote/dokumente-und-materialien/themenmodule/quelle/9/details.html (Zugriff am )